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Archive pour 4.6.2010

Pas de nouvelle croissance sans une transformation des villes

Villes

 Par Constant Van Aerschot

  Directeur de la Prospective du groupe Lafarge

lundi 22 mars 2010 17:09

 article trouvé  Le Monde

 

Il y a eu les révolutions de la machine à vapeur, de l’acier, de l’électricité, de l’ordinateur, de l’information. Va venir celle des nouveaux modèles urbains. Et une transformation du consommateur en citoyen.

Ecoquartier  Vauban à Freibourg (Allemagne) L’économiste Nikolai Kondratiev a identifié des cycles économiques récurrents de l’ordre de 40 à 60 ans. Ils sont constitués d’une phase d’expansion, de récession et de dépression. Joseph Schumpeter quant à lui, explique la phase d’expansion par l’apparition d’innovations majeures qui augmentent significativement la productivité. Les innovations suivantes sont à l’origine des cinq cycles de croissance économiques connus aujourd’hui:

1. les engins à vapeur et la mécanisation
2. l’acier et les chemins de fer
3. l’électricité, la chimie et les automobiles
4. les avions et les appareils électroniques (TV, ordinateur)
5. les technologies de l’information (internet) et la biotechnologie.

Nous sommes à la fin de ce 5eme cycle et pour éviter une récession et une dépression, un 6ème cycle doit être enclenché dès maintenant. Celui-ci doit être orienté autour d’une consommation responsable, de l’efficacité de l’utilisation de ressources, des énergies renouvelables et des citoyens conscients de leur responsabilité collective.

Faisons un peu d’économie-fiction.

En 2030, nous enregistrons les premiers effets désastreux des réfugiés climatiques, des pénuries d’eau potable, des inondations, des récoltes détruites, des instabilités sociales grandissantes et d’une économie sous optimale. Mais les efforts engagés par les gouvernements il y a 20 ans commencent à porter leurs fruits et permettent d’aligner les besoins des marchés avec les contraintes environnementales et sociétales. Nous avons enfin pris conscience qu’il est vain de négocier avec le climat.

Une transformation des valeurs et des besoins est apparue. La population a gagné en connaissances et compréhension, une Gouvernance globale coexiste efficacement avec les gouvernements nationaux et une culture responsable est partagée par tous. Dès lors, la transformation des villes pour une meilleure qualité de vie devient une entreprise commune évidente. Le 6ème cycle de croissance est en marche.

LA TRANSFORMATION DES VILLES

Les transports en communs sont nombreux, efficaces, abordables et agréables. Ils sont la propriété de tous. Un exemple précurseur avait été réalisé à Curitiba au Brésil. Les bâtiments existants, trop cher à rénover, sont remplacés par des bâtiments collectifs neufs basse consommation. Des compétitions s’engagent entre quartiers pour celui qui aura la meilleure performance énergétique combiné avec le meilleur confort intérieur. Les bâtiments deviennent plus intelligents avec des technologies d’information évoluées mais simple d’usage. Des compteurs individuels informent le citoyen sur leur consommation énergétique et la gestion des appareils est faite en relation avec les fournisseurs d’énergie. Les énergies renouvelables sont partagées et stockées dans le réseau de distribution.

Les quartiers sont obligatoirement à usage mixte: logement, lieu de travail et commerces sont tous accessible dans un rayon de moins de 5km. Pour que cela soit possible, la densité des constructions doit être importante mais sans pour autant perdre en espaces verts. Un bon exemple a été réalisé à Singapour, qui contrairement à Hong Kong, a réussi à augmenter la part d’espaces verts par habitant avec une population en croissance. D’autres exemples précurseurs existent tels que BedZed (Grande Bretagne) et le quartier Vauban à Fribourg en Brisgau (Allemagne).

Les conséquences positives de cette mixité sont multiples: les employés sont plus productifs car moins stressés et fatigués par les transports. Leur vie privée est plus épanouie car ils peuvent passer plus de temps «utile» avec la famille et les amis, le quartier est plus agréable car la réduction du trafic permet de transformer de nombreuses rues en jardins.

PLUS DE PROBLÈMES D’EAU ET DE DÉCHETS

L’eau potable est disponible et de bonne qualité. Singapour à nouveau a été précurseur en développant des usines de traitement des eaux usées qui sont ensuite réutilisées dans le circuit d’eau potable. Le système a depuis évolué et est devenu beaucoup moins énergivore.

Le recyclage n’est plus un enjeu majeur, car le principe de réduction de production de déchets est très répandu. La réutilisation des matières a aussi trouvé de nouvelles applications. Les bâtiments sont faits de matériaux résistants et durables dans le temps, et offrent une flexibilité d’usage inégalée. La quantité de déchets à traiter a ainsi été divisée par 100.

Une autre raison de la réduction des déchets est le succès d’un nouveau modèle d’affaire adopté par un grand nombre de sociétés: les services avancés. Ce modèle est basé sur le principe que le citoyen n’a pas besoin de TV mais il veut des images, il n’a pas besoin de frigo mais de la nourriture saine à bonne température etc. Des sociétés fournissent les équipements dans le cadre d’une offre de services. Celles-ci ont alors un intérêt économique d’améliorer leur performance et leur durée de vie pour assurer leur rentabilité.

En conclusion, que s’est-il passé? La tendance «insoutenable» du passé est remplacée par un cercle vertueux. Les mentalités et les attitudes ont changé, les besoins revisités, une convivialité est retrouvée, un art de vivre et une qualité de l’espace sont recréés. On a réussit à réduire l’intensité carbone de l’énergie et l’intensité énergétique de la richesse. La ville est transformée.

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