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Archive de la catégorie science

Comment le cerveau élimine ses synapses

 

 

Les cellules microgliales sont chargées de « l’élagage synaptique » : elles éliminent les synapses les moins efficaces pour permettre aux autres de se renforcer.

Sébastien Bohler

 

 

© UPPSALA

© UPPSALA

L’auteur

Sébastien Bohler est journaliste à Cerveau&Psycho

Le cerveau ressemble à un vaste jardin. Celui du jeune enfant est un buisson où les branches poussent en toutes directions. Il faut un jardinier pour éliminer certains rameaux, afin que des branches maîtresses puissent se développer. Certaines cellules semblent jouer ce rôle : les cellules microgliales.

La « taille » des arbres qui a lieu dans le cerveau se nomme élagage synaptique. Dès l’âge de trois ans, le nombre de connexions entre neurones (les synapses), diminue à un rythme de trois millions par seconde environ. Une armée de jardiniers œuvre en ce sens, et élimine les synapses les moins efficaces pour permettre aux autres de se renforcer : des équipes de Rome et de Turin ont découvert que les cellules microgliales joueraient ce rôle.

Les cellules microgliales sont très nombreuses, même si elles ne participent pas directement au traitement de l’information nerveuse. Elles jouent un rôle nourricier, de soutien, de défense immunitaire, et assurent également l’évacuation des débris cellulaires. Rosa Paolicelli et ses collègues ont observé au microscope que ces cellules se referment autour de certaines synapses et les engloutissent dans leur cytoplasme. Les synapses sont purement et simplement détruites, éliminées du paysage cérébral. Ensuite, les membranes des neurones « cicatrisent ».

Ce qui détruit certaines synapses profite alors aux autres : les neurobiologistes ont réduit artificiellement (par des mutations génétiques) le nombre de cellules microgliales dans le cerveau de souris. Ils ont constaté que ces souris ont des synapses plus nombreuses, mais moins efficaces. Comme les branches d’un buisson non élagué.

Comment s’effectue le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » synapses ? La question reste ouverte ; peut-être les cellules microgliales détruisent-elles indistinctement les synapses, et seules les plus actives parviennent-elles à résister à leurs assauts. Il est également possible que les synapses moins vaillantes émettent des signaux chimiques qui attireraient les « jardiniers cellulaires ». Quoi qu’il en soit, le cerveau est une jungle où règne la sélection des plus forts, confirmant en la précisant la notion de darwinisme neuronal chère au neurobiologiste américain Gerald Edelman.

article trouvé dans Pour la Science

Boson de Higgs

“On est sur le point de comprendre l’après big-bang”

Par , publié le 16/12/2011 à 11:46, mis à jour à 12:22

cern

 

Le Cern vient d’annoncer avoir réussi à “cerner” le boson de Higgs. Cette découverte, si elle se confirme, permettrait d’expliquer la formation de la matière. Décryptage avec Alexandre Zabi, l’un des chercheurs qui a participé à l’expérience.

article trouvé dans  le journal  l’Express 

Photo par 20minutes.fr

Le Cern a annoncé mardi avoir “cerné” le boson de Higgs. Quelle est la portée de cette découverte?

Nous savons à l’heure actuelle que l’univers est constitué de matière, nous savons ce qu’il y a dans cette matière, mais nous ne savons pas quelle est son origine. En bref, nous savons de quoi est fait ce qui nous entoure, mais nous ne comprenons pas comment c’est apparu. Avec l’expérience menée mardi au Cern, on est sur le point de répondre à cette question. Grâce au mécanisme de Higgs, nous avons observé comment certaines particules acquièrent une masse et se transforme donc en matière.

Comment cela fonctionne-t-il?

Le champ de Higgs serait un champ d’énergie qui remplirait l’univers. En entrant en interaction avec lui, les particules se chargeraient en énergie et pourraient acquérir une masse. Les particules élémentaires de ce champ seraient alors les bosons de Higgs. Mais toutes les particules n’interagissent pas de la même manière. La lumière interagit, par exemple, très peu avec le champ de Higgs. C’est comme à la piscine: vous vous mouvez difficilement dans l’eau car la résistance de l’eau vous freine alors que les poissons nagent sans problème. C’est la première fois que ces collisions seraient observées.

Pourquoi le Cern refuse-t-il d’annoncer formellement cette découverte?

Nous sommes absolument certains d’avoir mis le doigt sur quelque chose mais nous souhaitons rester prudents. La démarche scientifique se veut par définition longue et il faut s’armer de patience avant d’affirmer que nous avons trouvé quelque chose de convaincant. A l’heure actuelle, nous n’avons réussi à saisir que trois ou quatre collisions entre les particules et le champ de Higgs. Les résultats que nous avons montrés peuvent tout à fait être simplement des fluctuations statistiques! Cela signifie qu’il est nécessaire de reproduire de nombreuses collisions en 2012 afin de vérifier s’il s’agit bien du boson de Higgs.

Est-ce que cela signifie que vous êtes sur le point de comprendre le big-bang?

Contrairement à ce qui est souvent dit, le but du LHC, l’accélérateur de particules, n’est pas de reproduire le big bang, mais de comprendre les interactions fondamentales entre les particules. C’est-à-dire ce qu’il s’est passé quelques secondes après le big bang. Les expériences menées au Cern ont donc pour but de saisir la consistance de l’univers plus que son origine.

A quoi sert le super accélérateur de particules? Qu’espère-t-on découvrir? Le point avec deux experts de la physique des particules…

 Du correspondant à Los Angeles

Il a fait fantasmer les scientifiques (et les nerds de la série Big Bang Theory). A 13h mardi, le Large Hadrons Collider (LHC, «Grand collisionneur de hadrons) a commencé de fracasser des protons les uns contre les autres à une vitesse proche de celle de la lumière. Pour tous ceux qui n’ont pas de doctorat en physique des particules, 20minutes.fr a interrogé deux experts. Brig Williams, de l’université de Pennsylvanie, et Bertrand Echenard, du Californian Institute of Technology, estiment que le LHC permettra d’aider les scientifiques à mieux comprendre les secrets de la matière. Et de l’univers.

 >>Retrouvez l’ infographie sur l’accélérateur de particules du Cern en cliquant ici

 

Nous sommes toujours vivants. La menace de se faire avaler par un trou noir géant créé par l’expérience était-elle réelle?

Brig Williams: Elle a été prise au sérieux par le Cern, avec une équipe qui a travaillé plus d’un an pour s’assurer que cela ne pouvait arriver. Certains s’inquiétaient du fait que le LHC pouvait virtuellement donner naissance à des objets aux propriétés similaires à des micro trous noirs. Mais dans la pratique, ils n’existeraient que pendant moins d’un trillionième de seconde avant de disparaître. Pas de quoi grandir et nous dévorer. Des rayons cosmiques frappent la Terre avec une énergie bien supérieure à celle reproduite en laboratoire. Et nous sommes toujours là.

 

Qu’est-ce que le boson de Higgs, pourquoi court-on après ce que certains ont surnommé la «particule divine»? Va-t-on l’observer grâce au LHC?
Brig Williams: Le boson de Higgs, c’est le Saint Graal de la physique des particules. Dans le modèle standard actuel, nous avons un chaînon manquant pour expliquer l’origine de la masse. Cette particule élémentaire, jamais observée jusqu’ici, permet d’expliquer les interactions avec toutes les autres particules et comment elles acquièrent leur masse. Le choix du surnom «particule divine» est plutôt malheureux car le boson de Higgs n’est pas lié à l’existence de Dieu.

Bertrand Echenard: Le mécanisme de Higgs est une question centrale dans le domaine des particules, et au-delà pour mieux comprendre ce qu’est la matière en général. Observera-t-on ce boson dans les prochains jours? Certainement pas. Il faudra au moins deux, voire trois ans (le temps d’arriver à pleine puissance, ndr). Les collisions qui ont eu lieu ce matin ont l’air d’avoir bien fonctionné. Du coté technique, tout se passe pour le mieux.

 Quid de la matière sombre?
Brig Williams: On espère découvrir et observer de nombreuses nouvelles particules grâce au LHC. Cela pourrait permettre de mieux comprendre de quoi est composée la matière noire (qui compterait pour 23% de la masse de notre univers, ndr). Son existence est supposée depuis les années 60, mais ce n’est que plus récemment, via des observations avec de puissant télescopes, qu’on a acquis des preuves. L’énergie noire, en revanche (ou force de l’expansion de l’univers, qui composerait 73% de sa masse, contre 4% à la matière visible) est beaucoup plus mystérieuse, son existence hypothétique, et les chances d’en apprendre davantage via le LHC, plus faibles.

 

Que viennent faire les multi-dimensions (regarder la vidéo «Imaginer la 10e dimension») dans tout ça?
Brig Williams: Des théories comme la théorie des cordes ne fonctionnent que dans un espace à dix dimensions. Communément, nous en connaissons trois, plus le temps. Certains supposent donc que plusieurs autres existeraient, plus ou moins recroquevillées sur elles-mêmes. Une manière de les observer seraient de constater la disparition de particules (via une perte d’énergie) dans ces extra-dimensions.

Bertrand Echenard: Les théories qui postulent l’existence de dimensions supplémentaires reposent sur des prédictions que l’on pourra en effet tester via le LHC. Par contre, il n’y a pas, à ma connaissance, de prédictions de la théorie des cordes qui seront testables au LHC. Cette question reste ouverte. De même que celle des multi-univers –qui n’est d’ailleurs pas si fantaisiste que cela.

 

Le LHC a coûté 6 milliards d’euros. Ces recherches ont-elles des applications concrètes, autre que la pure satisfaction intellectuelle?
Bertrand Echenard: Il s’agit d’abord de remettre en perspective la question de la soif de connaissance. Des Egytiens à nos jours, en passant par les Grecs et les alchimistes, les questions autour de la matière et de l’univers ont toujours été centrales. Il s’agit donc de faire progresser notre connaissance sur des questions millénaires. A côté, il y a de nombreuses applications industrielles: technique de fabrication d’aimant supra-conducteurs (pour, par exemple, mettre au point un réseau électrique sans pertes massives, ndr), traitement de large volumes de données (qui intéresse les opérateurs téléphoniques), applications médicales… Sans compter que la majorité des chercheurs qui travaillent sur le LHC vont acquérir une solide expérience dans de nombreux domaines avant de rejoindre le marche du travail. C’est sans doute cela la plus grande valeur ajoutée du LHC.

Brig Williams: Le LHC est le résultat d’une extraordinaire coopération internationale. Des pays en développement, qui n’avaient jusqu’ici jamais participé à de tels projets, se sont impliqués. Au-delà de la science, c’est déjà un accomplissement phénoménal en soi.

 Propos recueillis par Philippe Berry

L’accélérateur de particules du CERN atteint un nouveau record

 

Le plus grand accélérateur de particules du monde (LHC) a atteint lundi 23 mai un nouveau record, franchissant “une frontière symbolique” avec “100 millions de collisions par seconde”, a déclaré Michel Spiro, président du conseil du Centre européen de recherche nucléaire (CERN).

article trouvé dans le journal ” Le Monde

Ce record a été atteint “cette nuit, vers 2 heures du matin”, a déclaré M. Spiro, à l’occasion d’une conférence à Paris sur “l’infiniment petit et l’infiniment grand”. Voici un mois, le Grand Collisionneur de hadrons (”Large Hadron Collider“, LHC) avait déjà établi un record de luminosité, correspondant à “10 millions de collisions par seconde. Maintenant on a multiplié par dix”, a précisé M. Spiro.

En faisant entrer en collision des faisceaux protons circulant à contresens dans un anneau de 27 km de circonférence, le LHC vise à recréer les conditions d’énergie intense des premières fractions de secondes suivant le Big Bang, voici 13,7 milliards d’années. Les physiciens cherchent notamment un des chaînons manquants de la théorie des particules, le fameux boson de Higgs qui donnerait leur masse à toutes les autres.

TROUVER LE BOSON DE HIGGS DÈS CET ÉTÉ

Pour dire qu’il existe, la réponse pourrait “arriver à partir de cet été”, mais “pour direqu’il n’existe pas il faudra attendre la fin de l’année prochaine”, a dit M. Spiro. “Cet été, on va avoir déjà quelques milliers de milliards de collisions” accumulées, précise-t-il, relevant que la difficulté pour trouver le boson de Higgs dépend de sa masse. “Si on a la chance qu’il soit dans la bonne zone de masse, a partir de cet été on pourra déjà le trouver”, dit-il, précisant que pour valider la découverte “il faut en avoir au moins une quinzaine”.

Avec 100 millions de collisions par seconde, “mille milliards de collisions”pourraient être produites chaque jour en quelques heures d’expérience au LHC, a précisé M. Spiro. A ce rythme, si le boson de Higgs existe, il pourrait être possible d’en détecter “1 par jour” selon M. Spiro. “Avec un Higgs par jour, ça veut direquelques centaines d’ici la fin 2012″, malgré le “bruit de fond, ça permettra de dires’il est là ou s’il n’est pas là”, résume le physicien. “Si on ne le trouve pas tel qu’on l’attend, ça voudra dire que la théorie des particules élémentaires n’est pas la bonne”, conclut-il.

Avatar : du film de science-fiction à la réalité

A l’image du film Avatar, des scientifiques suisses sont parvenus à créer des expériences de sortie de corps en projetant des volontaires dans une réalité virtuelle.

avatar2_ex.gif article trouvé chez Maxisciences

Le film Avatar inspire les chercheurs, enfin plus particulièrement les expériences qu’y pratiquent les Terriens. En effet, dans l’histoire : pour échapper à l’atmosphère toxique de la planète Pandora, les personnages transmettent leurs esprits dans des corps clonés qu’ils parviennent ainsi à “piloter” dans l’environnement. A l’image du film, les neurologues de l’École polytechnique de Lausanne sont aujourd’hui parvenus à “projeter” des volontaires dans des avatars digitaux qu’ils ont ainsi pu mouvoir dans un environnement virtuel. Un travail qu’ils ont présenté jeudi dernier au meeting annuel de l’American Association for the advancement of science à Washington.

Si l’expérience représente un pas supplémentaire pour recréer la science d’Avatar en laboratoire, ce n’était pas ici l’objectif des scientifiques suisses. En réalité, leurs recherches se concentrent essentiellement sur le cerveau et sur les mécanismes qui lui permettent de  déterminer la position du corps dans l’espace, à partir des informations transmises par nos sens. Pour cela, ils ont eu une idée : récréer des expériences hors du corps en utilisant des caméras et la réalité virtuelle. D’ordinaire, ces phénomènes interviennent plutôt quand le cerveau est endommagé : la personne en état éveillé voit alors son propre corps de l’extérieur.

Étudier le rôle du toucher et de la vision

Mais les scientifiques suisses ont développé une technique pour simuler cette expérience : le volontaire porte des lunettes comportant des écrans vidéo qui diffusent les images provenant d’une caméra placée derrière son dos. Le cerveau combinant les deux images en une seule, celui-ci a alors une vision en 3D de son dos qui est ensuite insérée dans différents environnements virtuels. Testée depuis plusieurs années, cette technique a permis aux chercheurs d’étudier le rôle du toucher et de la vision. En touchant les volontaires de manière réelle ou leurs avatars, ceux-ci se sont alors aperçus que les participants réagissaient aux corps digitaux exactement comme si c’était le leur et ce, même si la version virtuelle était du sexe opposé.

Ils ont commencé à penser que leur avatar était leur propre corps. Nous sommes ainsi parvenus à recréer une expérience hors du corps de manière partielle en réussissant à dissocier le toucher et la vision“, a expliqué pendant la présentation Olaf Blanke, membre de l’équipe de recherche. Mais si ce travail a permis d’en savoir un peu plus sur les expériences de sortie de corps, les résultats pourraient également être utilisés pour les prochaines générations de jeux vidéo voire éventuellement pour des personnes qui souhaiteraient se téléporter virtuellement dans un autre lieu.

Des codes-barres insérés dans des embryons

 Sur le blog “Les Puces savantes” du Monde diplomatique, Hervé Le Cronier livre sa réflexion au sujet d’une étude* de chercheurs espagnols de l’université autonome de Barcelone, publiée le 18 novembre 2010 dans le journal Human Reproduction et consistant à implanter dans chaque embryon un dispositif en silicium faisant office de “codes-barres” selon le terme employé par les chercheurs. Cette recherche, menée en commun par des biologistes et des chercheurs de l’Institut de microélectronique de Barcelone n’a guère été commentée alors qu’elle pourrait avoir des “conséquences dévastatrices“. Les chercheurs ont effectué une micro-injection du “code-barre” en silicium produit par les électroniciens dans l’espace périvitellin de l’embryon, situé entre la zone pellucide et la membrane plasmatique de l’ovocyte : ce dispositif, lisible sous microscope, est censé disparaître après implantation de l’embryon dans l’utérus ; expérience qui a réussi avec toutefois quelques exceptions. L’objectif de cette technique biologique et microélectronique mérite d’être interrogée. Pour les auteurs de l’étude, celle-ci doit permettre de sécuriser et d’accélérer les processus d’assistance médicale à la procréation en identifiant plus vite les embryons et d’améliorer le taux de réussite des implantations.

article trouvé sur Genethique.org

Pourtant, il “serait trop naïf de prendre pour argent comptant les déclarations portant sur l’amélioration du processus de la FIV” écrit Hervé Le Cronier. Soulignant que le terme de “code-barre” choisi par les chercheurs “renvoie à la logique de ‘marchandise’ qui menace toute la filière de la fécondation in vitro“, il explique que cette technique n’est pas seulement une “garantie” du bon suivi des embryons. On peut prévoir son application aux embryons congelés, et pas seulement aux embryons “surnuméraires“, qui pourraient alors devenir matière première et  être échangés entre cliniques. L’idée même de “code-barre” induit une approche qui n’a rien à voir avec l’aide aux couples infertiles et une chosification faisant de l’embryon un moyen d’expérimentation. La possibilité de disposer d’embryons, estampillés, codés, reconnus comme ayant tel ou tel patrimoine génétique est un pas de plus dans la marchandisation qui affecte le domaine de la FIV. Hervé Le Cronier rappelle les dérives de certaines cliniques de fertilité américaines qui tendent à proposer des FIV “choisies” auxquelles les couples les plus riches recourent pour choisir certaines caractéristiques de leur descendance. Une enquête de 2006 du John Hopkins Hospital révèle que près de la moitié des cliniques proposant le diagnostic préimplantatoire aux Etats-Unis proposent aussi le choix du sexe de l’enfant. Parmi elles, 3% répondraient aux demandes particulières de couples : c’est le cas de parents sourds voulant un enfant atteint de surdité comme eux. Le Fertility Institute dirigé par le Dr. Steinberg annonçait il y a quelques temps la prochaine possibilité de choisir la couleur des yeux, des cheveux et “plus encore” (Cf. Synthèse de presse du 30/07/10). Cette clinique s’inspire d’un certain type de recherches orientées vers la figure d’un “homme augmenté” qui alimente les fantasmes de personnes qui souhaitent un contrôle génétique de leur descendance (comme les tenants du mouvement transhumaniste). Un certaine collusion existe entre “cette marchandisation de la reproduction sélective et les ‘recherches’ sur les techniques reproductives et la génétique des populations humaines“. En 2007, un article publié dans Nature genetics décrivait une méthode permettant de déterminer une corrélation entre le génome et la couleur des yeux, des cheveux et la pigmentation de la peau. Dans le contexte du marché entretenu par ces cliniques de fertilité, l’expérience des chercheurs de Barcelone peut inquiéter : “quand on aura réalisé de tels diagnostics pré-implantatoires sur des cellules embryonnaires contenant un ‘code-à-barres’, on pourra aisément ouvrir une banque de données indiquant les traits repérés derrière cet identifiant unique… congeler l’embryon, et l’utiliser ‘à la demande‘”. Les chercheurs déclareront travailler pour l’avancée de la science, en toute “indépendance scientifique” : “on peut même prévoir que les informaticiens qui écriront les algorithmes d’exploitation des banques de données à venir permettant de faire coïncider les désirs des parents, leur propre morphologie, et les caractéristiques des embryons disponibles sur le marché ne seront intéressés que par le challenge technique que cela représente“.

Si l’industrie du “bébé-design” ne semble pas pour demain, toutefois, un nouveau marché se met déjà en place concernant le secteur des tests prénataux, pouvant ouvrir la voie à l’organisation “d’un circuit économique de la procréation ‘augmentée‘”.  En effet, une fois qu’une technique existe, “un marché de niche pour couples fortunés” vient l’ancrer dans la sphère économique, ce qui entraine une accélération des dérives. Pour Hervé Le Cronier, le choix “peu innocent” de Robert Edwards par les jurés du Prix Nobel apparaît comme l’un des “symptômes de ce basculement en faveur d’une industrie du ‘bébé-design’“, d’autant plus que les prix Nobel comportent “une claire dimension de politique scientifique” (Cf. Synthèse de presse du 05/10/10). Il rappelle les propos tenus par le Pr. Edwards en 1999 dans le Guardian : “bientôt, ce sera un péché des parents que d’avoir un enfant qui porte le lourd fardeau des maladies génétiques. Nous entrons dans un monde où nous devons prendre en compte la qualité de nos enfants“. Sachant dans “quel délire collectif peut nous mener une telle conception eugénique du monde“, il est urgent que les sociétés réfléchissent et s’interrogent sur les décisions politiques quant aux recherches engagées dans ce domaine sans laisser les marchés et leurs intérêts immédiats parasiter leur réflexion.

* Human Reproduction, “A novel embryo identification system by direct tagging of mouse embryos using silicon-based barcodes“, Sergi Novo, Leonardo Barrios, Josep Santaló, Rodrigo Gómez-Martínez, Marta Duch, Jaume Esteve, José Antonio Plaza, Carme Nogués and Elena Ibáñez, 18/11/10

Comment le chat Cutta Cutta a révolutionné la mécanique des fluides

kangoo-090.jpgkangoo notre chat  qui boit du lait

Par Frédéric Lewino  Publié le 12/11/2010 à 12:42 - Modifié le 12/11/2010 à 18:58 Le Point.fr

Pour mieux observer le phénomène, Stocker installa une caméra à haute vitesse devant le bol de son chat © 4X5 Col-Devaney/Superstock/SIPA

Un beau matin, alors qu’il était en train de prendre son petit déjeuner, Roman Stocker jette un coup d’oeil sur son chat, Cutta Cutta, lui-même en train de boire. Ce professeur au MIT (Cambridge), spécialiste des bactéries marines, reste fasciné par la virtuosité avec laquelle son compagnon félin lape dans son bol. Il tombe à genoux pour mieux observer. C’était il y a trois ans. Cette semaine, le professeur publie un magnifique article scientifique dans la revue Science décrivant le phénomène physique permettant à son chat - et à tous les félins - de boire avec une telle élégance et une telle efficacité. Un vrai défi à la pesanteur.

Pour mieux observer le phénomène, Stocker installa une caméra à haute vitesse devant le bol de son chat. Le ralenti lui permit de constater comment la langue de Cutta Cutta adopte une forme en J pour que seule la partie supérieure entre en contact avec la surface du liquide, eau ou lait. Ensuite, l’animal rétracte rapidement sa langue, ce qui a pour effet de tirer vers le haut une mince colonne de liquide par inertie, tandis que la gravité, elle, pousse cette même colonne à retomber. Le chat ferme la bouche à l’instant précis où l’inertie et la gravité s’annulent. Il peut alors avaler quelques gouttes du précieux liquide. Dans l’affaire, les poils qui rendent la langue râpeuse ne jouent aucun rôle. Diplômé en mécanique des fluides après quelques millions d’années d’évolution, Cutta Cutta parvient ainsi à boire en faisant faire à sa langue quatre aller-retour par seconde.

Modèle mathématique

Stocker et ses collègues ont fini par établir un modèle mathématique décrivant parfaitement ce délicat équilibre entre l’inertie et la gravité du chat en train de boire. Par la suite, ils sont allés le tester au zoo le plus proche avec les félins de plus forte carrure et avec de plus grosses langues tels lions et tigres. Ceux-ci, pas vraiment au courant de l’importance de l’expérience, ont commencé par bousiller l’appareillage électronique. Mais après avoir compris combien la science comptait sur eux, ils se sont mis au boulot. Les chercheurs ont pu vérifier que leur modèle mathématique tenait parfaitement la route. Encore une fois, la colonne de liquide s’est formée, mais cette fois, avec une vitesse de langue moins rapide puisqu’elle est bien plus grosse chez ces gros cousins du chat.

Voilà comment la science avance parfois. Au hasard des observations. Newton avait été assommé par une pomme, Stocker a été fasciné par son chat. Et moi, je commence à me demander si le fait que ma femme me traite continuellement de fainéant à la maison ne cache pas une vérité scientifique. Je vais passer un coup de fil à l’Académie des sciences…

Les téléphones portables bénéfiques contre Alzheimer ?

Des résultats spectaculaires ont été obtenus sur des souris. Mais ils doivent être confirmés.

article trouvé sur Le Figaro

En pleine polémique sur la possible toxicité des téléphones portables pour la santé, des chercheurs américains jettent un pavé dans la mare. Leurs travaux sur des souris, tout juste publiés dans la revue spécialisée Journal of Alzheimer’s Disease, suggèrent en effet qu’une exposition prolongée aux ondes électromagnétiques émises par les téléphones mobiles pourrait prévenir la maladie d’Alzheimer, et même faire régresser ses lésions. Jusqu’ici, les téléphones portables avaient plutôt été soupçonnés d’induire des tumeurs cérébrales. Les résultats obtenus par Gary Arendash, du Centre de recherche sur la maladie d’Alzheimer de Floride, paraissent spectaculaires, mais ils sont très préliminaires et restent à confirmer, estiment les spécialistes français.

Chercheur reconnu dans le domaine de la maladie d’Alzheimer - il est notamment l’un des pionniers de la piste vaccinale -, Gary Arendash est parti de l’hypothèse qu’un usage intense et prolongé du téléphone portable pouvait être délétère pour le cerveau et en particulier la mémoire. Pour le vérifier, son équipe a mené des expériences chez 96 souris, dont beaucoup étaient génétiquement modifiées pour déclarer une maladie d’Alzheimer. Deux heures par jour pendant 7 à 9 mois, ces animaux ont été soumis, non pas directement à des téléphones portables, mais à une antenne émettant des ondes électromagnétiques de haute fréquence. À la surprise des chercheurs, les effets de cette exposition - correspondant chez l’homme à un portable vissé à l’oreille plusieurs heures par jour pendant des années - ont été bénéfiques.

«Une piste intéressante»

D’abord, les souris génétiquement prédisposées à l’Alzheimer mais exposées précocement et longtemps ont été protégées de la maladie. Leurs performances aux tests de mémoire (repérage dans un labyrinthe) se sont révélées comparables à celles d’animaux sains. Plus étonnant encore, les souris déjà malades ont aussi retrouvé leur mémoire. Et dans leur cerveau, les plaques amyloïdes - l’une des signatures anatomiques de la maladie - ont régressé. Quant aux souris non génétiquement modifiées, leur mémoire a aussi été boostée par l’exposition prolongée aux ondes. «Comme nous avons utilisé des paramètres électromagnétiques identiques aux téléphones portables, et que la mémoire de nos souris a été évaluée avec des méthodes comparables aux tests humains, nous pensons que nos résultats peuvent être très pertinents chez l’homme», souligne Gary Arendash. Selon lui, les effets protecteurs des ondes sur la mémoire pourraient en partie s’expliquer par une augmentation du débit sanguin dans le cerveau. Pendant les périodes d’exposition au portable, les chercheurs ont relevé une légère élévation de la température cérébrale chez les cobayes. Ce phénomène, qui aurait peut-être un rôle dans la régression des plaques amyloïdes, a été noté uniquement chez les souris malades, après plusieurs mois d’expérience.

«Les ondes électromagnétiques pourraient représenter un traitement non pharmacologique et non invasif de la maladie d’Alzheimer», concluent les chercheurs, tout en appelant à la prudence dans l’extrapolation de leurs découvertes à l’homme. Face à ces travaux inédits, les spécialistes français restent sur la réserve. «C’est une piste intéressante, proposée par une équipe sérieuse, mais leurs résultats ont besoin d’être reproduits», commente le Pr Jean-Jacques Hauw, neuropathologiste à l’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris. Ainsi, précise-t-il, le modèle animal utilisé par l’équipe américaine est validé, mais reste éloigné de la maladie d’Alzheimer humaine. Le Pr Philippe Amouyel (Inserm), qui pilote le volet recherche du plan Alzheimer, est même carrément critique sur la méthodologie. Dans ces expériences, c’est tout le corps de l’animal qui est exposé aux ondes, et pas seulement la tête, remarque-t-il. Surtout, «les effectifs de souris sont assez faibles et sont divisés en plusieurs sous-groupes soumis à de nombreux tests. Du coup, certains résultats observés pourraient être le fait du hasard».

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Par Sandrine Cabut

Pourquoi le coeur est-il à gauche ?

 Dans le corps humain, les organes qui n’existent qu’en “un” exemplaire doivent forcément se latéraliser pour gagner de la place.
La position des organes asymétriques se
décide très tôt dans l’embryon grâce à des courants liquides orchestrés par des cils vibratiles présents à la surface
d’une structure particulière - un nœud - formée d’une douzaine de cellules embryonnaires
Ainsi, le cœur est à gauche et le foie à droite. Pourquoi pas l’inverse ? C’est le hasard de l’évolution !
Une piste :
Le demi-cœur droit (une oreillette et un ventricule), dit pulmonaire, est spécialisé dans l’envoi du sang «pauvre» dans les poumons, et le demi-gauche (plus gros que le droit) recueille le sang oxygéné sortant des poumons et le propulse dans tout l’organisme. C’est sans doute cette bifonctionnalité du cœur qui entraîne, mécaniquement, son décalage de position.
Si tout était inversé, position du cœur, fonctionnalité des demi-cœurs, poumons, etc., l’ensemble pourrait parfaitement fonctionner. Le problème est que les inversions sont rarement complètes.
Bref, cela reste un peu un mystère !
Le cœur a encore et toujours des raisons que la raison ne connaît pas.

Sources :

http://www.lefigaro.fr/sciences/20060427…

Améliorer les performances humaines

Nanotechnologies, le vertige de l’infiniment petit

article trouvé dans Le Monde-Diplomatique 

D’ores et déjà, deux craintes font surface : premièrement, les nanopoudres – du fait de leur finesse – peuvent se diffuser dans tous les espaces corporels, alvéoles pulmonaires, sang et même à travers la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau. Le toxicologue britannique Vyvyan Howard a mis en évidence le problème, en démontrant que des nanoparticules d’or peuvent franchir la barrière placentaire et donc transporter des composés de la mère au fœtus. Deuxièmement, la forme des nanoproduits peut être à l’origine d’effets toxiques. Ainsi, à l’instar des fibres d’amiante, les nanotubes de carbone pourraient se ficher dans les alvéoles pulmonaires et provoquer des cancers. Ce qui complique la caractérisation des éventuels impacts sanitaires, c’est qu’on ne connaît pas bien les nanoproduits que l’on fabrique. Constitués souvent d’un mélange de nanofibres, nanoparticules et de divers catalyseurs (aluminium ou fer), les nanotubes déjà commercialisés semblent avoir des effets d’autant plus inflammatoires qu’ils sont peu purifiés.

La physicienne anglaise Ann Dowling, qui a présidé le rapport consacré aux nanotechnologies de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering, publié en juillet2004, demande aux industriels de « restreindre les expositions aux nanotubes, de divulguer leurs tests toxicologiques, et que des recherches approfondies soient menées pour cerner les impacts biologiques (8) ». Pour l’heure, une vingtaine de sociétés dans le monde développent déjà des pilotes de production de nanotubes de carbone, en prenant des précautions diverses… « Nous travaillons en combinaison ou cagoule, sous atmosphère dépressurisée et sous hotte », précise M.Pascal Pierron, dirigeant de la société Nanoledge, basée à Montpellier. A la direction de la recherche de Saint-Gobain, on envisage de stopper des travaux jugés trop risqués. De son côté, M.Patrice Gaillard, responsable chez Arkema du projet nanotubes et qui développe un projet-pilote à Pau, annonçait en janvier2005 « le démarrage en 2007 d’une production de plusieurs centaines de tonnes par an (9) ».

Les Académies britanniques ont pris le problème à bras-le-corps, en émettant vingt et une recommandations. Les auteurs du rapport demandent d’éviter la dissémination des nanoparticules et nanotubes, mais se prononcent aussi pour la mise en place d’une base de données des effets toxiques, des bioaccumulations et de l’exposition spécifique des populations à divers environnements. Ils préconisent de sensibiliser les chercheurs et le personnel de laboratoire aux enjeux éthiques et sociaux, et d’impliquer les citoyens. Sur le plan de la législation, ils estiment qu’il faut s’assurer que la maîtrise de ces nanotechnologies soit complètement encadrée par les textes de loi existants ou à venir. Cela s’annonce délicat, tant il est difficile déjà, dans le secteur de la chimie, de faire répertorier les effets toxiques. On constate en effet combien les ambitions du règlement européen Reach (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals), qui prévoyait d’évaluer l’incidence sur la santé ou l’environnement de trente mille substances chimiques (soit 30% de l’ensemble des produits industriels), sont revues à la baisse sous l’influence des lobbies.

Les systèmes d’autorisation des substances devront être profondément revus : en effet, ils reposent uniquement sur la description de la composition chimique des produits (inventaire européen Einecs ou inventaire mondial CAS). Or, avec les nanomatériaux cela ne suffit plus, puisque c’est l’organisation spatiale de leurs éléments atomiques qui peut déclencher des effets biologiques (notamment cancérigènes).

La position des assureurs révèle d’ailleurs crûment l’étendue des incertitudes. En 2004, la firme Swiss Re a mis en garde contre la ruée vers les nanotechnologies, rappelant la « nature imprévisible des risques qu’elles peuvent occasionner et les pertes récurrentes et cumulatives qu’elle peuvent engendrer (10) ». Même les lobbyistes pointent le risque qu’un « accident impliquant des nanoparticules déclenche un réflexe défensif non seulement à l’égard du matériau en question mais aussi peut-être vis-à-vis des nanotechnologies dans leur ensemble (11) ».

Comme des investissements colossaux sont déjà engagés, tout le monde veut croire à des risques mineurs et surtout maîtrisables. A l’université Rice (Houston, Etats-Unis), haut lieu de la réflexion sur l’impact des nanotechnologies, la chercheuse Kristen Kulinowski est optimiste : « Si nous pouvons contrôler les propriétés de surface, nous pourrons éviter les effets toxiques », espère-t-elle. Tout comme M. Sean Murdock, directeur de l’organisation industrielle américaine NanoBusiness Alliance, qui convient que « les risques sont là, ils sont réels mais ils sont gérables ». Aux plans européen et américain, même si de très nombreux programmes sur les enjeux sanitaires sont lancés, ils ne dépasseront guère 3% à 6% des budgets « nano ».

Certains, comme le sociologue Francis Chateauraynaud (EHESS), s’interrogent sur les convergences possibles entre les biotechnologies, la physico-chimie, l’informatique et les sciences cognitives. « Il reste à savoir si toutes ces opérations ne cohabitent pas essentiellement par la seule magie du verbe et par la caution que leur confèrent les discours officiels », indique-t-il dans son rapport « Nanosciences et technoprophéties » (12). D’autres, au contraire, parlent de BANG (acronyme de « bits, atomes, neurones et gènes ») pour désigner ce rapprochement interdisciplinaire susceptible de permettre des phénomènes d’auto-organisation ou de réplication. Pour eux, on ouvre grand la porte à l’inconnu, à l’imprévisible… C’est la terra incognita.

A cette perspective fascinante, les Américains assignent un horizon : « améliorer les performances humaines ». Dans son rapport sur les nano-bio-info-cognosciences (NBIC) paru en juin2002, la NSF décrit les technologies convergentes comme un moyen de « permettre le bien-être matériel et spirituel universel, l’interaction pacifique et mutuellement avantageuse entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l’accès à des sources d’énergie inépuisables, la fin des soucis liés à la dégradation de l’environnement (13) ». Ce cap nourrit une puissante « économie de la promesse » et s’inscrit idéologiquement dans le courant transhumaniste que soutient l’un des auteurs, William Sims Bainbridge, sociologue des religions et directeur de l’information et des systèmes intelligents de la NSF. Cette mouvance défend la liberté d’usage des drogues et médicaments, la cryoconservation des corps et le dopage génétique ou cérébral. Elle brandit la technique comme panacée pour résoudre les problèmes sociaux et humains, de plus en plus insidieusement médicalisés.

Face à ce problématique positionnement officiel américain, la Communauté européenne a publié une « réponse » en septembre 2004, dans le rapport intitulé « Technologies convergentes pour une société européenne de la connaissance » (14). Les auteurs considèrent que les nanotechnologies doivent être tournées vers des finalités humaines, et non économiques, contribuer à bâtir la « société de la connaissance, faciliter les transports et créer des “assistants” pour servir l’intérêt général ».

« Cette divergence est apparue très clairement lors de la conférence NanoEthics, qui s’est déroulée en mars 2005 à l’université de Caroline du Sud », observe Bernadette Bensaude-Vincent, professeure de philosophie des sciences à Paris-X et auteure d’une réflexion sur les fantasmes autour des nouvelles technologies (15). « C’est vrai qu’il y a d’un côté l’euphorie de Drexler et les apôtres comme Ray Kurzweil, avec leur comportement extrêmement messianique qui reprend toute une rhétorique un peu religieuse ; et de l’autre côté un catastrophisme apocalyptique. Je dirais qu’à la limite ces attitudes antagonistes se renforcent l’une l’autre et se rejoignent (…). Au-delà, les nanotechnologies sont une opportunité, une formidable occasion de s’interroger enfin sur les techniques, sur leur sens, leur évolution, leurs implications, et si possible de les remettre en débat public. » L’auteure insiste sur l’ambivalence des scientifiques, qui estiment contrôler leurs produits alors même qu’ils cherchent à faire émerger des propriétés inédites, non maîtrisées.

Il est urgent de raisonner sur des possibles, d’évaluer les effets de nanoproduits qui sont encore virtuels. De ce point de vue, la fiction qui crée des scénarios en perfusion directe avec les discours de scientifiques visionnaires est une clé du débat. Elle a anticipé depuis longtemps la menace de nanorobots, implants ou machines auto-organisées et autoréplicantes que l’on voit jouer les assembleurs et se reproduire dans Engines of Creation, d’Eric Drexler, prendre la maîtrise du cerveau de l’ennemi pour une destruction télécommandée dans le roman de Neal Stephenson, L’Age de diamant, ou se transformer en « gelée grise » qui dévore tout, avec La Proie, de Michael Crichton (16).

Face aux risques éthiques et sanitaires, l’association canadienne Erosion, technologie et concentration (ETC Group), dont la vigilance en matière de biotechnologies et d’équilibre nord-sud s’étend désormais aux nanotechnologies, demande la mise en place d’une Convention internationale pour l’évaluation des nouvelles technologies (Icent), sous l’égide des Nations unies. Dans un rapport sur la « Nanogéopolitique », paru le 28juillet 2005, M.Pat Mooney, directeur du groupe, considère qu’il faut mettre fin au « cycle de crises » et concevoir avec le traité Icent « un système d’alerte ou d’écoute précoce capable de contrôler n’importe quelle nouvelle technologie d’importance ». Il avait déjà donné l’alerte sur les brevets qui, dans le champ des nanotechnologies, peuvent inéluctablement glisser vers « l’accaparement par quelques firmes privées des éléments constitutifs de la matière ».

Les virus sont -ils vivants

article trouvé sur Slate

Docteur en médecine et directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, est a priori une scientifique. Et nul ne doute qu’elle sache précisément ce que virus veut dire. Elle n’en a pas moins déclaré il y a quelques jours qu’elle redoutait une «vengeance» du virus grippal A(H1N1) qui pourrait refaire surface dans quelques mois à l’échelon planétaire.

«Les virus de la grippe sont très imprévisibles, très trompeurs, a -t-elle aussi expliqué au quotidien espagnol El Pais. Nous devons pas tomber dans l’excès de confiance, nous ne devons pas laisser la possibilité au H1N1 de se recombiner avec d’autres virus. Nous devons être très prudents. Nul ne peut dire ce qui va se passer quand des pays de l’hémisphère sud connaîtront des pics épidémiques de grippe saisonnière et que cette nouvelle grippe arrivera.»  le Dr Chan expliquait que sa  crainte était de voir le virus décliner puis ressurgir «de plus belle».

Le Dr Chan n’est pas la seule à user de métaphores faisant des virus des entités vivantes plus ou moins anthropomorphisées. «Il s’agit d’un virus qui se transmet comme les autres, il n’est pas  exceptionnel, il fait sa besogne» expliquait ainsi il y a quelques jours le Pr Antoine Flahaut, épidémiologiste et directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique (Ehesp). Cet épidémiologiste réputé s’exprimait lors d’une conférence publique donnée à Rennes devant les étudiants de ce prestigieux établissement.

Et à la question de savoir si le nouveau virus allait rapidement devenir hautement meurtrier un ami biologiste me disait récemment, évoquant les multiples possibilités de recombinaisons génétiques  : «Nous n’en savons rien ! C’est lui et lui seul qui en décidera!». En écho Bruno Lina, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe pour le sud de la France : «Il faut l’analyser et le surveiller, pas en avoir peur ».

Alors, qui est A(H1N1)?  Un alter ego ennemi doté d’une capacité de décision et d’autant plus redoutable qu’il entend bien  «se venger» des misères que lui fait l’homme en s’organisant contre lui? Plus généralement qui sont les virus grippaux? De simples travailleurs à la chaîne programmés pour passer aisément d’un homme à un autre au risque de tuer ceux qui les hébergent?  Et plus généralement encore qui sont les virus? Appartiennent-ils à l’immensité du monde du vivant? Faut-il au contraire les ranger dans celui de l’inerte? Ou penser qu’ils campent sur les mystérieuses frontières qui, peut-être séparent ces deux mondes?

Virus vivants? L’affaire est bigrement tentante. Ainsi personne ne serait choqué de lire le petit texte de vulgarisation suivant: «La grande question concernant l’évolution de l’actuelle pandémie est aujourd’hui bien ciblée: savoir si  le virus A(H1N1) qui pour l’heure provoque des infections rarement mortelles parviendra ou non à échanger des fragments génétiques avec certains de ses congénères ; à commencer par le virus A(H5N1) de la grippe aviaire, peu contagieux pour l’homme mais qui tue 50% de ceux qu’il infecte. Si tel devait être la cas et si un virus hautement contagieux et hautement pathogène devait voir le jour l’affaire pourrait prendre une tournure rapidement dramatique. Mais nul n’est capable de prédire si nous assisterons ou pas à la naissance d’un tel virus.»

Rien d’inexact, ici. Mais «congénères», «voir le jour», «naissance» …. autant de termes qui ne trompent guère quant à notre perception de ces entités. Pour leur part la plupart des virologues ne veulent voir en eux que des éléments d’un autre ordre, une chose inerte pouvant se repaître d’organismes vivants (hommes, animaux, plantes, micro-organismes) pour se multiplier (se «répliquer») en leur sein.

Qui connaît le monde des virus ? Entre la fin du XIXème siècle avec les travaux de Louis Pasteur sur celui de  la rage et 1986 les biologistes avaient identifié et décrit 1 700 virus. Or il y a moins de cinq ans le Comité international de taxonomie des virus en recensait plus de 6 000. Et tout laisse penser qu’il ne s’agit là que d’une infime proportion de la virosphère. Baptisées virus en référence au latin «poison» ces entités dont la taille est de très loin inférieure à celle des bactéries sont constituées d’un acide nucléique (ADN ou ARN) et de protéines. Ils sont omniprésents dans l’ensemble des branches du monde vivant et quand ils sont pathogènes (ce qui heureusement est loin d’être toujours le cas) ils peuvent provoquer des ravages dans les règnes animal et végétal.

Pour l’heure, comme dans le cas du A(H1N1), l’inquiétude vient du rythme d’apparition de nouveaux virus dangereux pour l’homme: au cours des trente dernières années trente-cinq nouvelles maladies ont été recensées, dont vingt-six d’origine virale. Pourquoi? Certaines activités humaines (déforestation, orpaillage, chasse) peuvent mettre l’homme en contact avec des animaux sauvages porteurs sains. C’est le cas de redoutables virus responsables des fièvres hémorragiques d’Ebola, ou de Marburg.

La promiscuité avec des animaux d’élevage peut aussi faciliter les transmissions interespèces . C’est le cas avec le virus A(H5N1) de la grippe aviaire. Nul ne sait si c’est le cas avec le A(H1N1) en dépit du qualificatif de «porcine» associé à la grippe «mexicaine».

Vivant ou pas, les virus? La question s’était ouvertement posée en 2002 lorsqu’on avait annoncé qu’un groupe de chercheurs américains avait, pour la première fois, créé de la vie en laboratoire et ce en «recréant» le virus de la poliomyélite.

Pour le Dr Pierre Sonigo, spécialiste français de virologie qui travaillait alors à l’Institut Cochin de Paris une telle performance ne devait pas conduire à penser que ces chercheurs étaient parvenus à créer «de la vie en laboratoire.»  Selon lui un virus ne peut, en tant que tel, être considéré comme une structure vivante, précise-t-il. C’est un fragment d’information génétique qui peut se reproduire aux dépens d’organismes vivants.

Inertes, les virus? Le docteur Jean-Claude Manuguerra, spécialiste de virologie à l’Institut Pasteur de Paris faisait une autre lecture que son collègue de la création américaine. «Il n’y a, dans ce travail, aucun élément contraire à l’éthique, dans la mesure où les éléments utilisés ne sont que des structures chimiques, expliquait-il alors au Monde. Pour autant, on ne peut manquer de se poser une question: savoir si ces chercheurs ne sont pas parvenus à créer, ou à recréer, une forme de vie. Comment savoir? On peut dire que les virus ne sont pas des éléments vivants dans la mesure où ils ne respirent pas et ne produisent pas leur propre énergie. A l’inverse, on peut soutenir que ces virus recréés sont capables de se reproduire, de s’autorépliquer. Ces chercheurs sont donc, qu’on le veuille ou non, capables de créer quelque chose qui pourrait disséminer dans le vivant et induire des phénomènes pathogènes.»

Pour sa part, Eckard Wimmer, un des chercheurs ayant recréé le virus de la poliomyélite, expliquait ne voir dans son virus qu’«une substance chimique dotée d’un cycle de vie». «Nous évitons d’ailleurs, pour notre part, d’utiliser le mot «créer», expliquait-il alors. Nous souhaitons faire une distinction entre nous et le Créateur.»

Jean-Yves Nau

Photo: Culture du virus H1N1 Reuters